Mon royaume pour un 44 tonnes

Euro Truck Simulator 2, développé et édité par SCS Software, 20 eurodollars pour l’édition de base, près de 200 si vous ajoutez tous les DLC, disponible Windows, Mac et Linux.

Note : toutes les images proviennent de la page Steam du jeu.

« Tant que vous n’avez pas fait un créneau avec une double remorque, vous n’avez pas encore réellement joué à Euro Truck Simulator 2. » disait le grand sage Yéti. Et il avait raison le bougre. Vous avez trouvé la Triforce et sauvé le monde d’Hyrule ? Des queues de cerises face à cette manœuvre effectuée en sortie d’un entrepôt, qui a nécessité un nombre de calculs mathématiques abrutissants de difficulté pour ne pas rayer la peinture de mon camion tout neuf. Ce Sekiro platiné après avoir sué pendant des heures de souffrance ? J’ai réussi une course de nuit sur route de campagne sans phares allumés (parce que yolo) avec du Patrick Sébastien streamé depuis l’autoradio du jeu (tout en faisant les chorégraphies des chansons), donc autant dire que niveau épique, il y a un avant et un après Euro Truck Simulator 2.

 

On pourrait croire que je me moque. Mais en fait, pas du tout. Euro Truck Simulator 2 est une énigme pour moi. Une expérience proche de la réalité, qui ne cherche pas à vous mentir sur ce qu’elle est : une simulation de gros camion en Europe. Vous êtes conducteur ou conductrice et vous effectuez des courses pour différents clients. Au début vous n’êtes qu’un simple intérimaire qui, petit à petit, va faire grimper sa trésorerie, histoire de s’acheter son premier local, son premier camion et faire enfin péter le modèle start-up nation en devenant un poids lourd (vous l’avez) du secteur du transport de marchandise (du jouet en mousse aux produits dangereux, on sait se diversifier). A vous l’armada de gros camions, classés par marques, que vous pouvez customiser avec un souci du détail parfois flippant (oui oui, vous pouvez choisir le petit sapin à accrocher au rétroviseur, prend ça dans les dents Gran Turismo).

Ça, c’est l’idée de base. En pratique, vous allez passer votre vie dans le cockpit de votre camion. Tout se fait en vue à la première personne (avec malgré tout la possibilité d’utiliser des vues extérieures pour les manœuvres délicates et votre première tâche sera d’accepter, via votre ordinateur de bord, votre prochaine course. Une fois cela fait, si vous avez votre propre camion, vous devez vous déplacer vers la ville de départ, réceptionner la livraison et l’attacher à votre véhicule (tout ça se fait manuellement bien évidemment, à vous de faire péter votre skill de pilote) et enfin emmener tout ce bordel à son lieu de destination. Ah oui, bien entendu, vous devrez également manœuvrer pour garer comme il faut votre remorque. Bon, il y a bien un mode automatique pour tout ça, mais bon, vous gagnerez moins d’expérience à la fin (car oui il y a un système de niveau et de progression, pour améliorer son endurance, débloquer de nouveaux types de marchandises à transporter, etc… tu peux flipper Final Fantasy). Si vous acceptez directement une course avec prêt du véhicule, vous n’aurez qu’à piloter sans penser à l’essence, aux péages et autres dépenses qui seront prisent en compte par votre employeur (oui, ça simplifie grandement les choses, mais vous gagnez moins de sous et d’xp, on ne peut point tout avoir ma bonne dame).

 

Bon, je parle de manœuvres, mais pour dire vrai, 80% de votre temps sera sur les routes. Et là, attention, vous n’êtes point dans un GTA. Ici, on roule à la vitesse limitée, on met ses clignotants, on actionne les essuie-glaces quand il pleut, on allume ses phares quand l’obscurité arrive… Et si cela peut paraître énervant, tout est en fait étonnamment… fun. Oui. On s’amuse à « faire comme en vrai ». On s’étonne à actionner le limitateur de vitesse pour éviter de se faire flasher et de devoir payer des amendes, mais aussi à bien regarder dans ses rétros avant de doubler ou prendre un virage en ville pour ne pas défoncer la voiture d’un quidam (bon, par contre, les dégâts ne sont pas visibles, tout contact donnera l’impression de taper des auto-tamponneuses). On tient à sa cargaison et à son camion, on roule prudemment, et si l’on est conducteur/conductrice dans la « vraie vie », on s’étonne à retrouver certains réflexes (non, je n’ai absolument pas tourné physiquement ma tête à certains moments pour vérifier l’angle mort avant de doubler, ce sont des calomnies). Après, autant être honnête, même en n’ayant jamais conduit de camion de ma vie, la physique semble prendre pas mal de libertés. Mais, pourtant, on s’y croit. La sensation de lourdeur est là, on galère au début pour un simple virage pris trop vite, et passé quelques heures on ne fait plus qu’un avec notre beau et grand camion. On s’amuse à actionner le gros klaxon quand on croise un autre routier, ou simplement pour le plaisir d’avoir un BON GROS KLAXON BIEN BRUYANT !

Toutefois, attention, car la vie de routier est très loin d’être calme. Il faut constamment faire attention sur la route, ne pas faire d’infraction au code, vérifier son état de fatigue (et donc organiser ses pauses, histoire de ne pas devoir faire sa cassure obligatoire en pleine livraison urgente), gérer les différents employés de notre société en leur donnant de bons véhicules… Pour un but final absolument grandiose : se faire un maximum de pognon et racheter Google découvrir les différentes routes proposées par le jeu. Car oui, autant vous dire que vous allez en voir du paysage ! Des grandes villes françaises à la campagne allemande, voir des pays plus à l’Est (disponibles dans des DLC de qualité), le jeu propose un terrain de jeu plutôt énorme. Bon, après, nous ne sommes pas dans de l’open-world, vous n’allez pas descendre de votre camion pour aller faire d’autres activités que visiter des concessionnaires et tuner votre fidèle monstre de la route. D’ailleurs, vous allez surtout voir des paysages finalement génériques, qui se ressemblent beaucoup au fil des heures… Mais chacun ayant quand même son petit charme (ah, la campagne des Pays-Bas…). Et surtout, vous n’êtes pas prêt(e) pour votre premier contrat en Angleterre. Le premier rond-point à prendre vers la gauche est toujours une épreuve en soi… A noter que la météo est dynamique, si bien qu’un beau soleil peut disparaître pour laisser place à un orage (et c’est là que la touche pour les essuie-glaces va être utile), changeant également (un petit peu, honnêtement) la conduite. Mais c’est surtout la conduite de nuit qui déroute, avec un champ de vision limité et une concentration de tous les instants, comme… bah comme dans la réalité, yep.

C’est d’ailleurs le point le plus intéressant après avoir enchaîné des dizaines d’heures de Euro Truck Simulator 2 : suis-je réellement en train de jouer ? Pourquoi diantre je passe des heures à faire quelque chose d’aussi monotone et « réaliste » alors que le jeu vidéo peut me proposer moult aventures et expériences ?

A vrai dire, il n’y a pas forcément de réponse à tout ça. Car je m’éclate avec ce jeu. Je m’éclate à « faire semblant de conduire un camion ». Tout comme je faisais semblant quand j’étais petit d’être un pompier, un boulanger, un sportif (oui, ça par contre c’est resté dans le domaine du fantasme)… On retourne à un plaisir « simple » mais qui « fonctionne ». On lâche prise, on profite de ce moment presque surréaliste comparé à nos parties de Dead Cells, Cook Serve Delicous 2… et on y retourne, toujours pour réussir du premier coup ce put… de créneau avec double remorque. Il est beaucoup trop fort ce Yéti…