Oxygène hors taxes

 

Oxygen Not Included, par Klei Entertainment, dispo’ sur PC/Mac/Linux (sur Steam et l’Epic Game Store), pour environ 20 euros.

Note : toutes les images proviennent directement du site officiel du jeu (https://www.klei.com/games/oxygen-not-included), j’avais trop honte de mettre les images de ma partie

J’ai 31 ans. 31 ans, et quasiment autant d’années à jouer aux jeux vidéo. Autant dire que j’ai eu le temps de découvrir, explorer, me casser les dents sur moult genres de jeux, expériences vidéoludiques. Plus rien ne devrait me surprendre, tout au plus me faire lever un sourcil d’étonnement, voilà, mais ça s’arrête là. Mais là, il faut que l’on m’explique pourquoi je suis encore devant mon écran des heures après avoir lancé ma 154 234e colonie sur Oxygen Not Included, jeu qui ne cesse de me surprendre, de toujours se renouveler et proposer une profondeur quasiment jamais vue jusqu’alors. Bordel, en réalité j’ai encore tout à découvrir…

 

Ils sont quand même balaises chez Klei Entertainment. Outre la qualité souvent exceptionnelle de leurs productions (Don’t Starve qui reste encore aujourd’hui une référence du jeu de survie, Mark Of The Ninja qui reste imbattable dans sa catégorie du jeu d’infiltration en 2D, Invisible Inc ou le jeu de combat tactique au tour par tour qui mérite d’être beaucoup plus connu et reconnu…), les canadiens sont sacrements doués pour donner vie à des univers que l’on reconnait au premier coup d’œil. Dans Oxygen Not Included, vous devez manager une équipe de colons de l’espace, arrivant via un portail sur une planète inhospitalière générée procéduralement à chaque partie et faire en sorte qu’ils survivent le plus longtemps, en gérant leurs besoins et en ayant comme but final le fait de construire une giga fusée pour partir de cette planète, que l’on aura bien défoncé de ses matières premières avant de partir (sinon ce n’est pas drôle). Au fil des journées le portail vous apportera nouveaux colons ou de la matière première essentielle, histoire de faire grandir cette base comme il faut.

Dis comme ça, vous allez me dire, il n’y a rien de bien original. Des jeux de survie en milieu hostile, oula, il y en a un paquet ma bonne dame ! Surtout ces dernières années avec la mode du rogue-like à toutes les sauces (ou tout simplement Minecraft, hein). Sauf que Oxygen Not Included s’amuse à nous mettre des bâtons dans les roues à chaque instant. Vous arrivez dans un univers hostile, et le jeu ne l’est pas moins. Ce que ne laisse absolument pas transparaître la fameuse pâte artistique made in Klei évoquée plus haut, choupi comme tout et donnant littéralement vie à des personnages et bestioles cro meugnons et meugnonnes.

 

 

Surtout que la représentation en vue de 2D du jeu, nous montrant la planète comme si on était devant un terrarium, donne réellement l’impression d’être devant une fourmilière, où l’on voit nos petits personnages creuser, construire des salles, jardiner, mourir de suffocation au CO2… On peut zoomer et dézoomer de façon très fluide, histoire de se rendre compte de la taille toujours imposante du terrain de jeu qui nous est proposé (ça n’y paraît pas pendant les premières parties, mais les niveaux sont vraiment grands). Cependant, nous n’avons pas le contrôle direct de nos colons. Comme dans un Settlers, on clique pour donner une tâche à accomplir (creuser, construire, cuisiner…) et selon les priorités que l’on aura donné à chaque personnage (car ils et elles ont des bonus et malus dans plusieurs catégories) on les verra exécuter tout ce joyeux bordel. On peut bien évidemment donner des priorités aux tâches, mais n’oubliez pas (et c’est très important) que vous n’avez pas un contrôle total de la situation. Et ce qui pourrait être un point faible est au contraire ce qui rend ce jeu exceptionnel.

Rien n’est acquis. Vous allez en baver, clairement. Le jeu est sans pitié. Vous allez devoir gérer nombre de difficultés : l’apport en oxygène, en nourriture, choisir les bons matériaux combustibles pour l’énergie, le moral du groupe, les traits de caractères de certains de vos colons (un ronfleur devra dormir à l’écart des autres par exemple), la faune sauvage, les différents gaz… Tout est pris en compte. Vous pensiez qu’il suffit de créer un générateur d’oxygène pour être tranquille ? Mais que faites vous du CO2 qui reste du coup ? De la chaleur provoquée par les machines et qui peut empêcher les plantes de grandir ? Et les eaux usées ? Vous pensez qu’elles vont toutes seules aller dans vos égouts de fortune ?

 

Ah, tout de suite on rigole moins hein ?

 

Heureusement, si le jeu prend tout en compte, il vous donne également de quoi répondre à ces problématiques. On peut tout gérer de façon extrêmement minutieuse (la physique des liquides et des gaz est réaliste et donc compréhensible à la première partie) et faire face à nombres de catastrophes. Au bout de quelques heures ça ne vous étonnera plus de gérer tout un système de plomberie pour apporter l’eau potable et jeter l’eau usée dans une salle précise, eau qui sera recyclée puis renvoyée vers les plantations. Ou même tout un système électrique complexe gérant les surtensions et batteries de secours. Il n’empêche qu’arriver à tout faire fonctionner n’arrivera pas comme ça… Vous allez passer des heures et des heures pour piger certaines mécaniques. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai plus d’une cinquantaine d’heures de jeu (que je n’ai, très sincèrement, pas vu passer) et je suis encore incapable de bien gérer la ventilation et la température de mes bases, si bien que passer la soixantaine de cycles (en gros une journée, le jour et la nuit sont gérés), tout s’effondre devant mes yeux tristes. Triste, oui, je le suis, mais je suis surtout impatient de lancer une nouvelle partie dans la foulée pour ne pas répéter les mêmes erreurs (enfin, c’est ce que je me dis à chaque fois).

C’est la grande force de ce jeu : être un véritable moteur à histoires. Comme Dwarf Fortress (monument du jeu de gestion aussi aride qu’incroyable, n’hésitez pas à vous y intéresser si vous aimez les challenges), Oxygen Not Included est surtout un formidable jeu à anecdotes. Voir un colon faire une grosse bourde et gripper une machine que l’on pensait infaillible est à la fois rageant mais passionnant à regarder. Il y a sans cesse des choses à découvrir, à expérimenter. Le jeu étant très avare en explications (c’est un de ses défauts d’ailleurs, il nous laisse souvent sans véritable explication, si ce n’est d’aller choper un tuto sur le net), on tente, on fait des conneries, on recommence… Et on prend un plaisir de dingue.

 

Je ne sais absolument pas si je terminerai un jour une partie d’Oxygen Not Included. Et très sincèrement, ce n’est pas un problème. Ce jeu est tellement bien foutu et passionnant à regarder que l’on relance parties sur parties. Alors, certes, il n’est pas à conseiller à tout le monde vu sa difficulté et son côté très brutal par moments, mais si vous avez déjà essoré quantité de jeux de survie et de gestion, il fera très clairement partie de votre nouveau top10. Un jeu déjà culte pour moi, ouaip.